Robert Kiyosaki veut être clair sur la fonction du Bitcoin, de l'or et de l'argent. L'auteur et investisseur — qui se décrit comme un « survivaliste financier » — dit qu'il traite les actifs rares comme une assurance automobile : une protection contre la dépréciation monétaire, pas un pari sur l'effondrement du système. Il veut ne détenir que de la monnaie qu'aucune banque centrale ne peut imprimer.
Son raisonnement est simple, que vous y adhériez ou non. Imprimer de la monnaie dilue le pouvoir d'achat, ce qui se traduit par l'inflation, et la fiscalité est un autre moyen par lequel les gouvernements s'emparent de la richesse. La réponse de Kiyosaki est de posséder des choses que la politique ne peut pas créer à volonté. Cette liste comprend le Bitcoin, plafonné à 21 millions de pièces, ainsi que l'or et l'argent. Il détient aussi des puits de pétrole, partant du principe que les gouvernements restent des acheteurs fiables de brut.
Les chiffres derrière l'argumentaire
La matière première pour étayer la thèse ne manque pas. La dette publique totale des États-Unis dépasse 40 200 milliards de dollars. L'indice des prix des dépenses de consommation personnelle, l'indicateur d'inflation privilégié de la Fed, tourne autour de 3,4 % en rythme annuel — bien au-dessus de l'objectif de 2 % de la banque centrale — avec le taux des fonds fédéraux maintenu entre 3,75 % et 4 %. Dans cet environnement, l'argument selon lequel les liquidités perdent discrètement du terrain n'est pas une position marginale. C'est de l'arithmétique.
Kiyosaki résume sa position en trois avertissements : traiter les actifs rares comme une assurance contre la dépréciation, s'attendre à une érosion du pouvoir d'achat par l'impression monétaire et la fiscalité, et détenir ce qu'aucune autorité ne peut créer à volonté. C'est un message cohérent. C'est aussi un message qui a survécu à beaucoup de mouvements de prix qui ne lui ont pas donné raison.
Où en sont ses objectifs
Kiyosaki a chiffré la thèse. Il a prédit l'or à 27 000 dollars l'once, l'argent entre 100 et 200 dollars, et le Bitcoin à 250 000 dollars. Aucun de ces niveaux n'a été atteint.
Le cours actuel raconte une histoire plus contrastée. L'or se négocie près de 4 140 dollars l'once, en baisse par rapport à un pic au-dessus de 5 400 dollars plus tôt dans l'année. L'argent se situe autour de 60 dollars, en recul d'environ 16 % en 2026. Le Bitcoin évolue près de 85 450 dollars — en hausse de plus de 32 % au dernier trimestre mais toujours en dessous de son pic de 2025 d'environ 126 000 dollars. Par rapport à leurs plus bas antérieurs, cependant, l'or et l'argent affichent toujours de solides gains sur plusieurs années.
Une assurance, pas une prévision
La distinction est importante. Si vous adoptez le cadre de Kiyosaki, les replis à court terme sont la prime que vous payez, pas un verdict sur la position. Une police d'assurance automobile qui ne verse rien cette année n'est pas une mauvaise police. C'est juste une année sans accident.
Cette logique a ses limites. L'offre fixe du Bitcoin est une véritable différence structurelle par rapport aux actifs qu'une banque centrale ou un Trésor peut augmenter à volonté, et c'est le cœur de l'argument de la rareté. Mais la rareté ne fixe pas un prix, et l'écart entre « cela protège contre la dépréciation » et « cela va atteindre 250 000 dollars » est là où beaucoup d'argent de détail s'est fait mal. Le propre bilan de Kiyosaki sur la seconde partie est le maillon faible d'un argument par ailleurs cohérent.
Ce qu'il faut surveiller
Le prochain test, ce sont les données sur l'inflation. Si l'indice PCE reste autour de 3,4 % tandis que le taux des fonds se maintient dans la fourchette de 3,75 % à 4 %, la thèse de la dépréciation s'écrit d'elle-même et la demande d'actifs rares tend à suivre. Si les pressions sur les prix se calment et que la Fed agit, la prime d'assurance devient moins chère et l'urgence s'estompe. Kiyosaki n'attend ni l'un ni l'autre. Sa position est déjà prise — et l'écart entre le cours actuel de l'or, de l'argent et du Bitcoin et celui qu'il annonce est tout aussi établi.




